Archives de Tag: Culture

Blogueuse !

Dimanche dernier, j’ai été voir Blogueuse à la Manufacture des Abbesses avec deux amies.

Du théâtre contemporain ? C’est un fait, il faut que j’élargisse mes goûts artistiques (j’ai souvent tendance à considérer qu’un bon artiste est un artiste mort… oui je sais, ce n’est ni une preuve d’intelligence, ni une preuve d’ouverture), en particulier au théâtre, puisque je vais rarement voir autre chose que du théâtre classique. Il faut que j’accepte que tout le monde n’est pas Musset, mais que les autres font des trucs bien quand même.

Eh bien j’ai été très agréablement surprise par la pièce, bien écrite, et très bien interprétée par trois jeunes comédiennes toutes très douées (rejointes à la fin par un jeune homme), qui sont trois facettes d’un même personnage.

Paola vient de rompre avec son rocker de petit ami (relation qui lui aura au moins valu d’apprendre à distinguer les fans, qui venaient pour la musique, des groupies, qui venaient tenter de lui piquer son mec), et ça va mal. Elle décide de se lancer dans l’écriture d’un blog. On la suit dans ses débuts, ses premiers visiteurs (ses deux meilleurs amis), ses premiers commentaires, les premières requêtes Google sans aucun rapport avec son blog… Et on la voit se transformer petit à petit, prendre plus d’assurance et donner de plus en plus d’importance à son blog…

Le scénario aborde avec finesse le rapport de la blogueuse avec sa vie privée, et les problèmes d’ego qui vont parfois de pair avec le succès (ou l’échec) d’un blog. Et il est vraiment très bien servi par le jeu des trois comédiennes.

La pièce est à l’affiche jusqu’au 29 décembre, je ne peux que vous conseiller d’y aller entre copines !

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Le jour où Nina Simone a arrêté de chanter

Sous la plume de Mohamed Kacimi, Darina Al-Joundi parle de son pays, le Liban, et de la liberté politique, religieuse, sociale, culturelle, amoureuse, sexuelle… Ecrit après le succès de la comédienne au Théâtre d’Avignon, ce livre, en peu de mots, raconte l’histoire du Liban contemporain et de la vie quotidienne d’une femme élevée par un père aux idées profondément libertaires, bien peu en phase avec la réalité politique du Liban d’alors. Le lecteur se rend compte de ce décalage dès les premières pages. Le récit s’ouvre en effet sur la scène d’enterrement de ce père adoré, et Darina tente de faire respecter ses dernières volontés : « Ma fille, fais gaffe à ce que ces chiens ne mettent pas du Coran le jour de ma mort », en passant Nina Simone à la place, ce qui, évidemment, ne se révèle pas du goût de tout le monde… Et Darina Al-Joundi entraîne ensuite le lecteur dans son enfance, son adolescence et sa vie, faite de violence, de haine et d’excès. Quelle réponse apporte la société à son refus affiché des règles ?

J’ai acheté ce livre un peu par hasard, après m’être souvenue d’une critique entendue il y a longtemps sur son triomphe à Avignon. Facile et rapide à lire, Le jour où Nina Simone a cessé de chanter a été l’occasion de découvrir une réalité que je connaissais jusqu’à présent assez mal, et de la manière la plus intéressante qui soit : en plongeant dans le quotidien et dans les choix d’une femme en décalage absolu avec les convenances sociales et religieuses, qui ne nous épargne rien de ses excès (sexe, drogue, alcool, violence…) qu’elle raconte de manière presque impudique… Mais sans jamais sombrer dans la caricature : du début à la fin, cette petite fille qui mordait tout le monde, et surtout sa soeur, reste très attachante.

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Potiche, moi ?

Un mois après sa sortie… Mieux vaut tard que jamais !

Je ne suis pourtant pas spécialement fan de l’univers de François Ozon, mais là, j’ai adoré. Le film est librement adapté d’une pièce de boulevard signée Barillet et Grédy et se révèle très réjouissant. Une Catherine Deneuve en grande forme, aussi gracieuse en survêtement Adidas rouge qu’en petite robe en mousseline fleurie, « Potiche mais pas cruche », un Fabrice Luchini parfait en patron d’une usine de parapluies qui emprunte quelques répliques cultes de notre cher Président (entre autres, le si châtié « casse-toi, pauv’ con » ainsi que quelques préceptes heureux du type « travailler plus pour gagner plus »), une Judith Godrèche insupportable avec ses positions réac, son brushing très Dallas et son côté fille à papa, un Jérémie Rénier déguisé en Cloclo qui n’est pas vraiment le fils de son père, une Karine Viard secrétaire-maîtresse du patron qui finit par passer secrétaire de la patronne, et Gérard Depardieu parfait (et attachant) en député-maire communiste.

Beaucoup de comique, un peu de nostalgie…

Potiche utilise les codes du théâtre de boulevard en les actualisant, et on passe vraiment un bon moment.

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Pas d’inquiétude, la jeunesse va bien !

Heureusement, il y a Actes Sud et quelques autres,

Heureusement, il y a encore des auteurs dont l’écriture exprime du début à la fin l’amour des mots, et même de la ponctuation. En 2008, Mathias Enard avait signé Zone, roman sans respiration graphique, à part quelques virgules. Une seule phrase, on aime ou on n’aime pas, mais on ne peut que saluer l’exercice de style.

Je ne puis que recommander ce livre au titre exceptionnel (emprunté à Kipling) que j’ai déjà offert deux fois. Un (trop) court voyage à Constantinople, en 1506, avec Michel-Ange, venu à la demande du sultan Bajazet concevoir un pont sur la Corne d’Or.

Si d’aucuns trouvent la « jeunesse » bien inconséquente quand elle manifeste pour sa retraite, je la trouve pour ma part très responsable dans ses choix littéraires. Loin de s’encombrer de considérations marketing ou d’états d’âme déplacés du type : « il était temps de lui donner un prix, quand même », elle évite les pièges d’une liste minée et se contente de récompenser le talent.

A défaut du grand soir, voilà qui nous promet quelques matins littéraires qui chantent…

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Où va le Goncourt ?

Oyez, oyez, Michel Houellebecq a ENFIN reçu le Goncourt, lit-on partout. La plus grande récompense littéraire française, dotée de… 10 €, mais aux retombées colossales.

On arriverait presque à nous faire passer Houellebecq pour le Scorsese de la littérature française…

Rappelons qu’en 1919, le Goncourt sacrait Marcel Proust pour A l’ombre des jeunes filles en fleurs ; ou qu’en 1933, André Malraux était lauréat pour La Condition humaine... A l’instar de Julien Gracq, Simone de Beauvoir ou Romain Gary quelques années plus tard. L’année dernière, Trois femmes puissantes de Marie Ndiaye avait été récompensé par le jury. Même si je n’ai pas particulièrement aimé ce roman, le travail d’écriture m’avait impressionnée : une très belle plume, des phrases ciselées, où chaque mot et chaque virgule (fondamentale, la virgule) sont à leur place.

Niveau écriture, niveau thème, niveau syntaxe, niveau talent, le Goncourt 2010 n’a rien à voir.  Une rupture dans l’air du temps ? Sans jouer les « regretteurs d’hier« , comme l’écrit Souchon, on notera simplement que les choses changent, et pas toujours en bien (pardon pour le truisme).

Je n’ai pas, comme beaucoup de gens, de « problème » avec Houellebecq. J’aime bien son air un peu Pierrot, son côté anti-écrivain, je le trouve presque attachant. J’ai par contre (beaucoup) plus de mal avec ses livres dont je n’aime que les titres (ça joue, dans l’impulsion d’achat). J’ai acheté La Carte et le Territoire quand il est sorti. Près de deux mois plus tard, j’en suis toujours à la page 150, je m’interroge encore pour savoir comment j’ai réussi à en lire 149. Outre le fait que je n’arrive pas à entrer dans l' »intrigue », je trouve certains passages tellement mal écrits qu’ils virent à la caricature… Je ne nie pas les fulgurances, mais, vraiment, de là à recevoir le Goncourt…

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Les Petits Mouchoirs

Hier, j’ai été voir le dernier film de Guillaume Canet, Les Petits Mouchoirs.

Ayant beaucoup aimé le très réussi Ne le dis à personne, j’attendais la sortie de celui-ci avec impatience. Bilan des courses : moui bof.

Le scénario, d’abord : le film s’ouvre sur l’accident de scooter de Ludo (Jean Dujardin), à la sortie du Baron, par un petit matin blafard. Stéréotype sur pattes, Ludo incarne tout ce que je n’aime pas, mais c’est une autre histoire. Tout le monde rapplique dare-dare à l’hôpital, Marie (Marion Cotillard avec de l’eau dans les yeux et un insupportable rôle de femme-enfant incasable, qui essaie tout, les mecs, les filles et noie sa solitude en fumant des pétards dans des sweats à capuche trop grands), Eric (Gilles Lellouche, dragueur impénitent qui ne croit pas en l’amour), Max (François Cluzet, que j’aime par ailleurs beaucoup mais qui en fait un peu trop), Vincent (Benoît Magimel, qui se rend compte qu’il est tombé amoureux de Max, son meilleur ami- « j’aime tes mains »-), Antoine (Laurent Lafitte, greffé à son téléphone), leurs femmes/petites amies respectives…

Tout ce petit monde décide quand même de partir deux semaines en vacances : « c’est ce que Ludo aurait souhaité »; « s’il lui arrive quelque chose, on remonte illico ».

S’ensuivent 2h34 (!) de scènes sympathiques (bateau, plateaux d’huîtres, apéros,…) avec leur lot de petites mesquineries et de joies, les remises en question… Forcément, on s’identifie un peu : rien que du très quotidien, somme toute, le temps passe plutôt vite, et Canet utilise plutôt bien le ressort de l’émotion. Mais ils en font tous un peu trop, et à force d’être des caricatures d’eux-mêmes, le film finit forcément par en devenir un peu caricatural.

On sort touché(e) et un peu bouleversé(e), en regrettant de les avoir oubliés (ses mouchoirs) mais pour ma part un peu énervé(e) d’avoir cédé aux ficelles un peu éculées de la facilité…

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Facebook me (not)

J’ai été voir ce week-end le très attendu « The Social Network », de David Fincher, qui retrace la création de Facebook et révèle quelques facettes pour le moins obscures de son (co-) fondateur, le milliardaire Mark Zuckerberg.

Premier constat : on est loin du nerd sympathique et attachant. Le film s’ouvre sur une scène de rupture avec sa petite amie Erica (on se demande d’ailleurs, à l’entendre parler, comment Zuckerberg a réussi à sortir avec une fille : outre sa conversation peu passionnante -c’est certes subjectif-, il apparaît imbu de lui-même, n’hésitant pas à la rabaisser). De retour chez lui, il sort quelques bières, s’installe devant son ordinateur, son meilleur ami, et commence à blogger (où est le carton de pizza ?)…

En bon asocial aigri (le paradoxe entre le concept même de Facebook, la mise en relation des individus, et son « créateur », très seul, est assez saisissant), il en profite pour cracher sur son ex de manière peu élégante et tenir des propos insupportables sur les femmes… A l’encre, comme elle lui dira plus tard, et pas au crayon. C’est là  toutes les limites d’Internet… On écrit ce qu’on veut, sur qui on veut.  Germe bientôt l’idée de pirater les sites des fraternités pour récupérer les photos des filles du campus et permettre aux garçons, grâce à un algorithme, de les classer. La fréquentation explose, et le serveur d’Harvard plante. Zuckerberg passe en conseil de discipline.

Mais l’opération a le mérite de faire connaître ses « talents » (indéniables) à trois autres étudiants, incarnation de l’Harvard d’antan, avec son code de l’honneur un peu désuet, qui décident de l’engager pour mettre en ligne un réseau social réservé aux étudiants de la prestigieuse université. Les deux jumeaux Winklevoss sont aux antipodes de Zuckerberg : très sportifs, athlétiques, ayant reçu une éducation à l’ancienne…

Zuckerberg les promène pendant plus d’un mois, pour finir par lancer dans leur dos, avec l’aide financière de son meilleur ami Edouardo qui n’est pas au courant de cette usurpation, « The Facebook ». La suite, on la connaît : le site perd son « The », essaime rapidement dans toutes les plus grandes écoles américaines avant de gagner (j’ai presque envie de dire « gangréner ») l’Europe. Le meilleur ami et associé des débuts se retrouve évincé de l’affaire, Facebook devient « the site to be » et Zuckerberg milliardaire.

The Social Network apporte donc un éclairage intéressant bien qu’un peu complaisant sur la personnalité de Zuckerberg. Complaisant dans le sens où il apparaît presque attachant, avec ses tongs et ses tee-shirts trop grands. Il semble victime de son succès, un peu comme si, à part la technique, il n’était responsable de rien, qu’il était le premier surpris de sa réussite. Les faits font pourtant ressortir un personnage peu élégant, et par certains côtés un peu flippant.

Facebook a le mérite de poser la question des conséquences du progrès technologique sur nos vies privées, question qui nous conduit à nous demander si progrès technologique = progrès « humain »… C’est là tout le talent de ce site : même si l’on en arrive à la conclusion que non, Facebook, ce n’est pas forcément un progrès, du moins pas à tous les niveaux… Le site est tellement implanté qu’on peut difficilement s’en passer, au risque d’être « marginalisé ». Reste à composer entre la praticité de l’outil et ses dérives…
Et à apprendre à maîtriser ses « privacy settings ».

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